Comme beaucoup de joueurs, nous avons tous un jeu fétiche vers lequel nous revenons inlassablement lorsqu’il n’y a plus de nouveauté à découvrir ou simplement lorsque nous n’avons pas envie de nous lancer dans l’un des nombreux titres qui patientent dans notre backcatalogue. Pour certains, il s’agit d’un jeu solo qu’ils prennent plaisir à modder, comme Skyrim, ou à speedrunner, comme Celeste. Mais pour une grande majorité, c’est un jeu en ligne, où chaque partie offre une expérience différente. J’ai bien sûr League of Legends en tête, mais en ce qui me concerne, mon jeu « refuge », c’est Overwatch. Et cela tombe bien puisque, comme l’année dernière, Blizzard nous a préparé une présentation détaillant ce qui nous attend pour l’année à venir. L’engouement suscité est tel qu’il a réussi à raviver une véritable hype autour d’un jeu que beaucoup disaient (injustement) mort. Revenons aujourd’hui sur ces annonces et, surtout, sur ce que l’on pourrait considérer comme le renouveau d’Overwatch.

Les nouveautés annoncées lors de l’Overwatch Spotlight

J’ai certes un peu plus de deux semaines de retard sur les annonces, mais je vais tout de même proposer un récapitulatif en revenant principalement sur les éléments qui m’ont marqué.

Une avancée dans l’histoire : cinématique, événements et nouveau chapitre

Première grande surprise : nous avons enfin eu droit à une cinématique en CGI. Cela faisait depuis octobre 2022, soit plus de trois ans, que nous attendions un court-métrage avec la fameuse « patte » Blizzard. Cette cinématique accompagne la présentation d’un nouveau système de déploiement et de mises à jour, davantage calqué sur des modèles comme Fortnite et surtout League of Legends, avec un chapitre annuel découpé en plusieurs saisons qui feront progresser directement l’histoire. Et il faut bien l’admettre : le lore n’avait que très peu évolué en près de dix ans.

Difficile de savoir si Blizzard s’est directement inspiré de Riot Games ou s’il s’agit d’une réaction à Marvel Rivals, mais le résultat fait du bien à une communauté très attachée à l’univers du jeu. Ce que j’espère surtout, c’est que chaque nouveau chapitre sera désormais introduit par une cinématique annuelle voir pourquoi pas, dès la prochaine BlizzCon à la fin de l’année et qui promet déjà de grandes annonces.

Concrètement, cela se traduit aussi en jeu par l’ajout d’événements dits « méta » : les joueurs peuvent choisir un camp, obtenir des récompenses en accomplissant des défis liés à leur choix, changer de camp en cours de route, et suivre l’évolution du conflit grâce à une barre indiquant le pourcentage de membres dans chaque faction. Il y a aussi une carte du monde qui affiche également des défis contextualisés qui expliquent brièvement ce qu’il se passe dans l’univers, ce qui est particulièrement rafraîchissant. En parallèle, nous recevons de petites histoires sous forme de bandes dessinées animées ou parfois simplement d’images fixes légèrement mises en mouvement avec une discutions en fond… un point sur lequel je reviendrai plus tard.

Une quantité impressionnante de nouveaux héros

Autre annonce marquante, et probablement une réponse plus directe à Marvel Rivals : le nombre conséquent de nouveaux héros prévus. Je ne vais pas tous les détailler ici, l’article officiel le fera mieux que moi, mais je peux partager mon ressenti.

Présentation des 5 nouveaux héros de la saison 1

Habituellement, Overwatch proposait un nouveau héros une saison sur deux, l’autre saison étant consacrée à une nouvelle carte, un mode de jeu ou du contenu complémentaire. Cette année, Blizzard change radicalement d’approche : exit les nouvelles cartes (dont nous n’avons eu qu’un bref aperçu d’une minute, sans même un rappel de celles annoncées l’année précédente). Désormais, tout est mis sur les héros.

La stratégie semble claire : les cartes ne suffisent pas à faire revenir les joueurs, elles sont parfois mal accueillies et mobilisent des ressources importantes. À l’inverse, les héros génèrent beaucoup plus d’intérêt et servent souvent d’argument de comparaison sur les réseaux sociaux face à la concurrence.

Blizzard a ainsi annoncé dix nouveaux personnages sur un an, dont cinq dès la première saison, puis un nouveau héros tous les deux mois. Une annonce que je n’avais absolument pas anticipée. Beaucoup s’attendaient à trois personnages ; lorsque Aaron Keller a annoncé non pas trois mais dix héros, cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti un tel enthousiasme pour une annonce liée à un jeu vidéo.

D’après les informations partagées, l’équipe 4 aurait passé plusieurs années à se structurer et à se former spécifiquement à la création de héros afin d’augmenter sa cadence de production. Cela implique forcément des concessions : certaines capacités peuvent rappeler celles de héros existants, comme l’ultime de Domina ou une partie du kit d’Emre. Toutefois, on découvre également des personnages totalement uniques et marquants, comme Jetpack Cat.

Sur le plan artistique, en revanche, les nouveaux personnages paraissent parfois moins marquants qu’aux débuts du jeu et le cas d’Anran illustre bien cette problématique, sur laquelle je reviendrai plus loin.

Une roadmap ambitieuse pour la moitié de l’année

Au-delà des héros, d’autres annonces ont été faites : l’arrivée de Vendetta dans le mode Stadium, l’introduction de passifs de sous-rôles, une nouvelle interface, le retour du vote de MVP en fin de partie, et bien d’autres éléments. Je vous laisse regarder la roadmap pour plus d’informations.

image.png
Roadmap pour Overwatch en 2026

Overwatch est-il réellement de retour ?

Après le Spotlight, j’ai constaté un véritable regain d’intérêt. Alors que le jeu stagnait autour de 30 000 à 40 000 joueurs sur Steam (qui n’est, je le rappel, pas la plateforme principale) il a grimpé à 50 000 juste après la présentation, avant d’atteindre 165 651 joueurs le jour de sortie de la saison 1, explosant ainsi le précédent record de la sortie d’Overwatch 2 (75 000). Depuis, les chiffres se maintiennent autour de 115 000 joueurs.

Sur Twitch, les pics ont dépassé les 300 000 viewers, même s’il faut relativiser en raison des récompenses de visionnage offrant des lootboxes. De nombreux anciens streamers ont redonné sa chance au jeu : Alphacast, JDG, Potxeca, Étoiles. On a également vu des créateurs qui ne jouaient pas du tout à Overwatch s’y essayer.

Ce qui m’a le plus surpris, c’est la réaction extrêmement positive à la suppression du « 2 » pour revenir simplement à Overwatch. Comme si ce chiffre constituait un blocage psychologique pour une partie de la communauté, encore marquée par la promesse non tenue du PvE. Pourtant, cela fait déjà deux ans que cet aspect a été mis de côté. Cette réaction révèle aussi que certains critiques ne se sont jamais réellement intéressés à l’évolution du jeu. Car si vous jouez régulièrement, vous savez qu’il n’a probablement jamais été aussi bien. Les événements Overwatch Classic ont d’ailleurs rappelé à quel point le jeu était plus lent et déséquilibré à ses débuts.

Aujourd’hui, on entend beaucoup moins les discours affirmant que le jeu est mort. J’espère que cela permettra aux joueurs d’assumer pleinement leur attachement à ce titre, le seul FPS de l’histoire à avoir été élu GOTY face à Uncharted 4, ce qui témoigne de son impact à l’époque.

Des problèmes persistent malgré tout

Passons maintenant au volet moins réjouissant. Car, malgré tout, Overwatch reste un jeu développé par un grand studio, Blizzard, lui-même détenu par un géant encore plus imposant : Microsoft. Et ce dernier, malgré un bénéfice net de 101,8 milliards de dollars pour l’année 2025, ne semble pas disposé à investir davantage pour collaborer avec les comédiens de doublage qui se battent depuis plusieurs années contre l’exploitation abusive et non autorisée de leurs voix par des intelligences artificielles.

Conséquence directe : certaines nouvelles répliques d’anciens personnages ne sont plus doublées en français. On se retrouve ainsi avec Kiriko, interprétée par Anna Lauzeray (dont je vous en avait parlé ici), qui parle en anglais lors d’échanges avec de nouveaux personnages.

Mais cela va encore plus loin puisque ces nouveaux personnages, eux, se retrouvent doublés par des comédiens québécois ! Je n’ai bien sûr aucun problème avec les Québécois et encore moins leurs comédiens de doublage, mais cela montre bien que Microsoft préfère aller voir dans un autre pays plutôt que signer la charte sur l’IA proposée par le collectif Touche pas à ma VF et soutenue par l’ensemble de la profession du doublage en France. Cela veut aussi dire que, à l’instar de Zarya qui a vu (à mal) sa voix être changée car la comédienne avait changé de profession. Ici, on pourrait se retrouver avec Dorothée Pousséo jetée par Blizzard de sa voix iconique de Tracer pour être remplacée par une comédienne qui accepterait des clauses sur l’IA moins protectrices.

Certes, on extrapole peut-être un peu et si une telle situation devait se produire, la polémique serait probablement massive mais même sans aller jusque-là, on peut déjà s’interroger sur l’absence de doublage français pour une grande partie du contenu narratif publié ces derniers mois, voire ces dernières années, sur la chaîne YouTube Overwatch FR.

Comme je l’évoquais précédemment, le jeu s’est enrichi, notamment depuis la saison dernière, de bandes dessinées animées, d’un court-métrage et d’autres approfondissements du lore via des vidéos. Pourtant, aucun de ces contenus narratifs n’est doublé. Les seules traductions vocales proposées concernent essentiellement les bandes-annonces de gameplay (souvent composées de répliques déjà présentes en jeu), les trailers de présentation des personnages (d’un niveau de production inférieur aux véritables courts-métrages, même si certains restent de qualité), ainsi que les bandes-annonces de saisons et les collaborations.

Présenté ainsi, cela peut sembler conséquent. Mais en réalité, tout ce qui touche directement à l’histoire et qui apparaît dans l’onglet dédié au lore en jeu n’est pas doublé. Seuls les contenus promotionnels donc bénéficient encore d’une version française. On se retrouve donc avec une section « Histoire » qui propose principalement des vidéos sous-titrées. Quand on compare avec Riot Games, qui double ses bandes dessinées animées, la comparaison est peu flatteuse.

Et au-delà du doublage, la qualité visuelle de certains contenus interroge également. Certaines vidéos se limitent à des images fixes avec de légers mouvements de caméra, quelques effets de particules ou d’articulation façon Wallpaper Engine. Bien sûr, il est toujours appréciable d’obtenir des informations supplémentaires sur l’univers du jeu. Mais faut-il rappeler les bénéfices nets colossaux de Microsoft ?

Lorsque Riot Games fait beaucoup mieux en proposant des comics interactifs, des mini-jeux, ou encore des séries d’animation d’un niveau de qualité exceptionnel, on ne peut s’empêcher de penser que Blizzard possède de l'or entre les mains, qu’ils en ont conscience et pourtant, ils semblent ne pas vouloir l'exploiter pleinement. Après tout, cela fait désormais dix ans que la communauté espère l’annonce d’une série ou d’un film Overwatch.

Un problème de design avec Anran

Abordons maintenant l’autre sujet qui fâche. L’équipe Blizzard en charge d’Overwatch a, pour ainsi dire, été progressivement remplacée au fil des années par de nouveaux développeurs. Comme le souligne très justement le Joueur du Grenier dans sa vidéo consacrée à Blizzard, il ne reste plus grand-chose de l’équipe d’origine : beaucoup sont partis et ont été remplacés. L’essence même de l’entreprise aurait été diluée sous l’ère Bobby Kotick, et la direction artistique s’en est forcément trouvée impactée. Ce changement est d’autant plus perceptible depuis le passage à Overwatch 2 et au modèle free-to-play, qui a entraîné une réorientation économique davantage tournée vers les skins et les collaborations.

Cela a peut-être eu un effet que les designers eux-mêmes n’ont pas immédiatement perçu. Ou bien la culture d’entreprise a-t-elle évolué au point de ne plus encourager l’inclusion avec la même force qu’auparavant. Quoi qu’il en soit, une partie de la communauté a remarqué que, depuis quelques années, les nouveaux personnages — surtout féminin — tendent à se ressembler davantage, notamment dans leur représentation esthétique.

Là où Overwatch premier du nom proposait des profils variés : Mei avec ses rondeurs ou Ana incarnant une héroïne âgée, on observe aujourd’hui une standardisation plus marquée. Beaucoup de personnages récents sont présentés comme « beaux », avec des traits fins et un âge avoisinant la vingtaine, particulièrement du côté des héroïnes.

Ainsi l’arrivée d’Anran n’a fait que cristalliser ces critiques. En plus d’être perçue comme partageant des traits très similaires à Kiriko et Juno, elle affichait un physique différent de celui aperçu dans ses précédentes apparitions vidéo, où elle semblait plus réaliste et moins marquée par un style d’anime. Pendant plusieurs jours, les réactions ont été vives : certains y voyaient un personnage au physique « parfait » pensé avant tout pour anticiper la vente de futurs skins payants. Quand on sait qu’Overwatch s’était distingué à ses débuts par une vraie diversité corporelle et des personnages particulièrement charismatiques, cette évolution peut décevoir.

Heureusement, la situation semble s’être apaisée. Aaron Keller a annoncé sur son compte Twitter que le character design d’Anran serait retravaillé, reconnaissant que l’équipe n’était pas entièrement satisfaite du résultat final. Cela donne toutefois l’impression que le personnage a peut-être été finalisé dans la précipitation et c’est précisément ce point qui peut susciter une certaine inquiétude pour la suite.

Des capacités qui risquent de se ressembler de plus en plus

Pour l’instant, le phénomène reste modéré, mais il va inévitablement s’accentuer. Il existe forcément une limite à l’inventivité lorsqu’il s’agit de concevoir des compétences et des armes dans un FPS.

C’est d’ailleurs un reproche que j’ai souvent adressé à d’autres jeux à compétences comme League of Legends, Valorant ou encore Rainbow Six Siege : certains personnages finissent par proposer des mécaniques trop similaires. Overwatch a longtemps eu cette force de proposer des héros véritablement uniques, un atout qui, selon moi, le rend objectivement supérieur à Marvel Rivals sur cet aspect.

Cependant, la concurrence exercée par ce dernier pousse Blizzard à accélérer le rythme de sortie des personnages. Or, cette accélération a un coût : moins de temps pour les tests, pour la réflexion ou pour laisser mûrir certains concepts. On sait par exemple que Jetpack Cat avait déjà été évoqué plusieurs années avant la sortie d’Overwatch 2.

Il est encore difficile d’évaluer précisément les effets négatifs d’un tel rythme, mais il est vrai que, parmi les cinq héros lancés lors de la saison 1, on retrouve des mécaniques déjà familières : un boop, une grenade, une arme à rafale, un ultime qui marque les ennemis avant d’exploser, un autre qui soigne en zone tout en bloquant les projectiles, ou encore un soin passif pour les alliés proches. Ces capacités peuvent rappeler des éléments déjà présents chez d’autres héros alors évidemment sous une forme différente mais cela peut donner l’impression que les nouveaux personnages se distinguent moins qu’auparavant. Néanmoins, comme mentionné précédemment, Jetpack Cat constitue un excellent contre-exemple : son originalité et son gameplay particulièrement marquant prouvent qu’un héros totalement inédit peut encore exister.

Mais Il ne faut toutefois pas se voiler la face, avec près de 50 personnages aujourd’hui, il devient de plus en plus complexe d’innover radicalement à chaque nouvelle sortie. Certaines ressemblances finiront forcément par apparaître. Cela n’empêche pas que plusieurs héros récents soient particulièrement réussis, comme Whuyang, capable de contrôler la direction des projectiles, ou Vendetta, qui introduit enfin un véritable DPS au corps-à-corps.

L’enjeu pour Blizzard sera donc de trouver l’équilibre entre quantité, originalité et qualité, afin que cette accélération ne dilue pas ce qui a toujours fait la force d’Overwatch.


En définitive, Overwatch semble amorcer un véritable renouveau après un second lancement raté. Blizzard cherche à prouver son engagement envers le PvP, l’histoire et sa communauté. Reste à savoir si cette dynamique s’inscrira durablement dans le temps et si le studio saura préserver l’identité qui a fait le succès du jeu il y a maintenant dix ans.